SCIENCES SOCIALES
Sciences politiques. Vie politique
-197189-
LE COMMUNISME RURAL EN FRANCE : le Limousin et la Dordogne de 1920 à 1939
/ Laird Boswell ; trad. de l'américain par Guy Clermont
Limoges : Presses universitaires de Limoges, 2006. - 313 p. : cartes, ill.
; 24 x 16. - (Lieux) Notes bibliogr. Sources p. 303. Index. - 320 Sciences
politiques.
Vie politique. - ISBN 2-84287-389-0 : 28 €
Communisme : France : Dordogne (France) : 1900-1945 • Communisme : France
: Limousin (France) : 1900-1945
Saluons l'initiative des Presses universitaires de l'université de Limoges
d'avoir traduit ce livre de référence qui renouvelle et étend
très largement la connaissance du mouvement communiste dans l'hexagone.
En effet, alors que l'on identifie assez spontanément le Parti communiste
avec le milieu urbain et le monde ouvrier, la thèse de cet historien américain
déplace largement le regard porté sur ce mouvement. Si l'on peut
regretter que l'avant-propos n'actualise pas vraiment les travaux sur le sujet,
il n'en reste pas moins que l'on dispose avec Le Communisme rural en France :
le Limousin et la Dordogne de 1920 à 1939 d'un maître livre. A partir
d'une investigation dans les archives et d'un ensemble d'entretiens recueillis
au milieu des années 1980, Laird Boswell offre une perspective sur l'implantation
rurale du PCF dans la période de l'entre-deux guerres. Son propos est
de démontrer, à rencontre d'un certain nombre de thèses,
que l'implantation du communisme n'est pas liée à une tradition
de gauche dans les territoires considérés, tradition qui remonterait à 1830,
mais que le communisme, bien que s'inscrivant dans les territoires marqués
par une empreinte de la SFIO, constitue un phénomène politique
novateur au début des années 1920. Loin de représenter les
couches les plus dépossédées des paysans, comme les ouvriers
agricoles ou les métayers, l'implantation du communisme s'effectue dans
les couches moyennes de la paysannerie. Les calculs statistiques, nombreux en
début d'ouvrage, montrent l'ampleur de l'emprise communiste sur certains
territoires ruraux, véritable bastion du Parti à la campagne. Mais
en même temps, cette implantation constituera la faiblesse du PC car elle
ne parviendra guère, tout au moins dans l'entre-deux-guerres, à se
développer au-delà. Si la thèse de la tradition rouge est
contestée, à quoi tient alors cette influence ? Deux facteurs paraissent
décisifs. D'une part, le communisme s'implante dans des territoires déchristianisés
et au sein d'exploitations de moyenne importance. Le communisme a donc joué un
rôle de substitution pour les populations rurales. Pour autant, le Pc n'est
pas perçu par ces populations comme un parti de la révolution,
mais bien au contraire comme un parti de la stabilité, de la stabilité d'une
forme de justice sociale liée à l'immobilisme économique.
Les paradoxes soulevés par l'auteur sont nombreux et étonnants, à l'image
d'une révolution russe vénérée, mais dont le modèle
collectiviste est rejeté. Forme d'encadrement des campagnes, les organisations
communistes épousent les aspirations des populations, à travers
le mouvement syndical (les syndicats paysans travailleurs) ou les mairies qu'elles
contrôlent. Pourtant, là aussi, L. Boswell souligne les limites
d'encadrement promues. Les syndicats d'obédience communistes n'eurent
un succès que très limité, sans commune mesure avec ceux
liés aux élites rurales. Quant aux municipalités, le moins
que l'on puisse dire en conclusion de l'exposé est qu'elles n'ont guère
constitué un modèle de gestion locale alternative. Alors que le
communisme en milieu rural a constitué des bastions d'implantation du
Pc, il ne fut guère valorisé par un parti entièrement tourné vers
les villes et les ouvriers. Si, au final, ce type de communisme reflétant
les aspirations des populations des campagnes a pu se maintenir, c'est aussi
le résultat de sa « périphérisation » et de
l'autonomie qu'ont réussi à conquérir les dirigeants locaux à l'égard
du centre communiste. En conclusion, L. Boswell élargit son propos en
montrant les usages que les populations rurales, sociologiquement très
différentes de celles de la France, ont pu faire du communisme (en Italie,
en Finlande et dans d'autres contrées du monde), pour protester contre
l'abandon ou le désintérêt par l'État des campagnes à la
période considérée et même dans les années
qui suivirent la seconde guerre mondiale. On ne peut qu'espérer que ce
très riche livre (de nombreuses autres dimensions et aperçus ne
peuvent être développés dans le cadre de ce compte rendu,
signalons par exemple le traitement réservé à la résistance)
recevra l'accueil qu'il mérite par la communauté universitaire.
Enseignants et chercheurs