SCIENCES SOCIALES
Sciences de l’homme et de la société. Généralités
-197179-
L'AUTOMOBILE : un imaginaire contemporain / Frédéric Monneyron,
Joël Thomas
Paris : Imago, 2006. - 162 p. ; 23 cm Bibliogr. p. 153-156. Index. - 300 Sciences
de l'homme et de la société. Généralités.
- ISBN 2-84952-030-6 : 20 €
Automobiles : Symbolisme • Automobiles : Sociologie
Depuis les fameux « taxis de la Marne » jusqu'aux modernes compétitions
de « Formule 1 », en passant par tous nos problèmes d'embouteillages,
de pollution ou d'accidents de la route et tous nos déplacements vacanciers
ou professionnels, on peut dire que l'automobile aura occupé dans la vie
quotidienne, dans les médias et dans les mentalités du XXe siècle
une place si importante que, ne cessant d'exercer sur nous à la fois fascination
et répulsion, elle a été véritablement promue au
rang de mythe. C'est ce mythe, ses fondements et ses implications qu'ont choisi
d'explorer, dans L'Automobile, un imaginaire contemporain, Frédéric
Monneyron et Joël Thomas, le premier, professeur de littérature générale
et comparée à l'université de Perpignan, le second, professeur
de littérature latine à la même université, mais aussi
grand spécialiste de l'imaginaire et de ses diverses manifestations. Cette
fructueuse collaboration nous vaut un ouvrage très original, dans lequel
les deux auteurs analysent tous les aspects de cette « culture automobile » qui
apparaît comme un des principaux fondements de la modernité occidentale.
La matière est répartie en sept chapitres, respectivement intitulés « L'automobile
dans l'histoire », « L'automobile dans l'espace », « L'automobile
comme symbole social », « L'automobile entre les sexes », « Un
symbole complet », « Images de l'automobile et figures du social », « Mythes
et compétition automobile ». Un chapitre de conclusion, placé sous
l'égide de Roland Barthes, montre que l'automobile est devenue pour nous « un
symbole sacré » et que son mythe ressemble à celui d'Icare,
dominé qu'il est par un rêve de vitesse, mais obsédé par
la crainte de tomber et de périr par la violence qu'il suscite. Le livre
comprend enfin quatre pages de bibliographie et un index des noms propres où constructeurs
et pilotes côtoient les plus grands écrivains. Jamais les multiples
problèmes, tant matériels que psychologiques et philosophiques,
que nous pose ce véhicule à la fois diabolique et divin n'avaient été posés
et analysés avec autant de finesse et de pénétration : au
fil des pages, on voit apparaître la voiture (ou, péjorativement,
la bagnole) comme instrument de séduction, comme marqueur de promotion
sociale, comme espace soit de liberté, soit d'intimité, comme école
de maîtrise, comme objet tout à la fois d'amour et de haine et comme
source d'angoisse au moment où la prochaine pénurie pétrolière
nous conduit à redouter sa possible disparition. Le tout est écrit
dans un style à la fois limpide et brillant, où abondent les formulations
heureuses, et qui fait de la lecture de ce livre, par ailleurs réellement
profond, un véritable régal. Si l'on pense, avec Sartre, que l'homme
cultivé n'est pas forcément celui qui connaît Racine et Théocrite,
mais celui qui dispose des clés lui permettant de comprendre son temps
et le monde où il vit, cet ouvrage a une portée culturelle très
supérieure à beaucoup d'autres. Il passionnera tous ceux qui, pour
le meilleur ou pour le pire, ont l'occasion de prendre le volant, et tous ceux
(certes moins nombreux) qui s'y refusent : les uns comme les autres y trouveront
ample matière à réflexion.
Public cultivé