GEOGRAPHIE. HISTOIRE


Histoire du monde ancien


-197289-


HOMERE : sur les traces d'Ulysse / sous la dir. de Olivier Estiez, Mathilde Jamain, Patrick Morantin ; entretien avec Jacqueline de Romilly ; préf. Jean-Noël Jeanneney
Paris : Bibliothèque nationale de France, 2006. - 175 p. : ill. en noir et en coul. ; 27 x 20 Ouvrage publ. à l'occasion de l'exposition prés, par la Bibliothèque nationale de France, site François-Mitterrand, 21 novembre 2006 au 27 mai 2007. - Contient : « Pourquoi Homère ? », entretien avec Mme Jacqueline de Romilly. -Glossaire. Bibliogr. p. 174-175. - 938 Histoire de la Grèce ancienne. - . -ISBN 2-7177-2365-X : 38 €
Homère. Iliade : Expositions • Homère. Odyssée : Expositions

Rien n'est plus efficace, pour soigner l'orgueil que de se rendre dans une librairie, d'y prendre en main un exemplaire de l'Iliade ou de l'Odyssée et de réfléchir à ce que cela implique. Voici l'œuvre d'un poète mort il y a vingt-huit siècles. Entre Homère et nous se sont déroulés presque tous les triomphes et les tragédies dont l'humanité a gardé le souvenir. Des civilisations entières sont nées alors que l'Odyssée était déjà un poème classique et ont disparu ensuite. L'existence et la personne d'Homère ont fait l'objet de conjectures infinies. Toutes les hypothèses qui pouvaient être soutenues sans discréditer complètement leur inventeur ont été proposées (et quelques autres également...). Elles ont fini par s'effondrer sous leur propre enchevêtrement. Les poèmes homériques, eux, sont toujours là, en comparaison de quoi l'attribution des plus prestigieux prix littéraires annuels apparaît comme un non-événement. Le Temps n'en a cure. Écrire l'histoire de la « réception » d'Homère revient à composer l'histoire de la civilisation occidentale. Du 21 novembre 2006 au 27 mai 2007, la Bibliothèque nationale de France a rassemblé une fort belle exposition, dont on peut se faire une idée par un catalogue sobrement intitulé Homère : sur les traces d'Ulysse, dirigé par Olivier Estiez, Mathilde Jamain et Patrick Morantin. En près de trois millénaires, il n'est pas une phrase, pas un mot de l’Iliade et de l’Odyssée qui n'ait offert aux hommes matière à rêve, imitation ou spéculation. Il fallait donc faire des choix et, dans l'ensemble, ils ont été bien faits. Les auteurs des différentes sections sont revenus sur des questions pérennes : ainsi, qui était Homère ? Par un de ces coups de théâtre dont l'histoire a le secret, les plus récentes découvertes (notamment en matière de codicologie) ont donné une assise nouvelle à l'idée selon laquelle l'œuvre homérique est due à une seule personne, qui a (comme le font tous les écrivains) repris une matière antérieure. On s'est avisé que la division en chants n'était pas aussi récente et artificielle qu'on l'a longtemps cru, mais qu'elle pourrait remonter à l'origine même. Après tout, si les Anciens ont débattu à n'en plus finir du lieu de naissance d'Homère, ils n'ont jamais mis son existence en doute. Il s'agit d'une idée moderne, due à d'Aubignac et à Wolf. L'exemple de Schliemann et de quelques autres archéologues a montré qu'on ne pouvait que gagner à prendre ces épopées au sérieux. Le Moyen Âge occidental, qui négligea le grec, fut la seule période où l'on perdit le contact direct avec le texte d'Homère (mais on continuait à le lire à travers des adaptations latines). L'humanisme et l'imprimerie procurèrent des éditions somptueuses qui font encore l'admiration des philologues et suscitent la convoitise des bibliophiles. De la Grèce antique au XIXe siècle, la présence des scènes et des héros homériques dans les arts figuratifs est écrasante. Jusqu'à cette dernière époque inclusivement, si Homère fut un auteur enseigné au lycée et à l'université, il constitua également une inépuisable source d'inspiration. L'exposition présente les éditions annotées avec amour et ferveur par Racine ou Chateaubriand (contraint de vendre sa bibliothèque, celui-ci ne conserva que son Homère). Les marginalia de Racine sont fascinantes, notamment lorsqu'il examine, la plume à la main, les vers de l'Iliade où apparaît Andromaque. Sa plus belle tragédie s'y trouve en germe, qui semble à la fois un hommage rendu au vieux poète aveugle et un défi. Ce catalogue luxueux n'est pas un commentaire de plus qu'il faudrait ajouter à une bibliographie interminable, mais un guide précieux qui donne l'envie de revenir à l'Odyssée. On s'étonnera cependant de découvrir à la fin un glossaire qui définit (entre autres) des termes aussi peu connus qu'épopée, érudit, héros, papyrus ou philologie.
Public cultivé