ARCHITECTURE. URBANISME. ART DU PAYSAGE.
-197087-
LETTRES Á CHARLES L'EPLATTENIER. II, Lettres à ses maîtres
/ Le Corbusier ; éd. établie, prés, et annotée
par Marie-Jeanne Dumont
Paris : Le Linteau, 2006. - 313 p. : ill. ; 21 x 13 Notes bibliogr. Index.
- 720 Architecture. -ISBN 2-910342-35-2 : 23 €
Le Corbusier (1887-1965) : Correspondance • L'Éplattenier, Charles
(1874-1946)
Sans préjuger du troisième volume qui sera consacré à l'écrivain
William Ritter, ces Lettres à Charles L'Eplattenier devraient probablement
former le meilleur morceau de la trilogie consacrée par Marie-Jeanne Dumont à la
correspondance adressée par le jeune Charles-Edouard Jeanneret, futur
Le Corbusier (1887-1965), à ses maîtres. Les échanges avec
Auguste Perret en apprenaient moins, en effet, sur la formation d'une pensée,
sur le milieu dans lequel évoluait l'artiste : pour donner tout son poids à cette
correspondance, M.-J. Dumont a ainsi mené d'importantes recherches dans
la ville natale de Le Corbusier, La Chaux-de-Fonds (Suisse), capitale de l'horlogerie
et de l'anarchisme. Georges-Edouard Jeanneret, le père de l'apprenti graveur
d'horloges et bientôt architecte, a en effet laissé un journal de
première importance pour la connaissance de la jeunesse et de l'environnement
culturel de Le Corbusier. Professeur à l'école d'art de La Chaux-de-Fonds,
Charles L'Eplattenier ambitionne pour sa part de former des artisans, de les
faire travailler ensemble pour fonder un art régional, « jurassique
neuchâtelois » comme le dira plus tard Le Corbusier ; mais conscient
des dangers qui guettent l'industrie horlogère, il pousse Jeanneret vers
l'architecture et l'incite à voyager. Une grande partie des lettres ici
reproduites sont envoyées de Toscane et de Venise (1907), de Vienne (1907-1908),
de Paris (1908), d'Allemagne (1910-1911) et d'Orient (Istanbul notamment, 1911). « Edouard »,
comme le nomme avec une évidente empathie M.-J. Dumont, se confie de façon
très détaillée à L'Eplattennier, et ses propos sont
une mine d'informations sur de nombreux acteurs du moment. Mais ce qui frappe
le plus, c'est bien l'émergence progressive d'une pensée et d'une
conviction : « II est large ce concept ; il m'enthousiasme... il me châtie
; n'importe, il me donne des ailes parfois, quand la force qui est en moi me
crie - provoquée par un fait extérieur - : « tu peux ! » J'ai
devant moi 40 ans pour atteindre ce que s'estompe [sic] de grand sur mon horizon
encore lisse », écrit-il le 22 novembre 1908. Le lecteur sent ici
la certitude d'un destin et d'un combat : Jeanneret se bat avec lui-même
le plus souvent, mais comprend que sa vision de l'art et de l'architecture sera
une lutte acharnée. L'avenir lui donnera raison.
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