LITTERATURE
Littérature germanique
197122-
TRAIN DE NUIT POUR LISBONNE / Pascal Mercier ; trad. de l'allemand (Suisse)
Nicole
Casabova
Paris : Maren Sell, 2006. - 490 p. ; 21 x 14 Trad. de : « Nachtzug nach
Lissabon », éd. originale 2004. - 839 Littérature en allemand.
Pays divers. - ISBN 2-35004-030-5 : 22 €
Comment un seul mot de portugais et un numéro de téléphone
inscrit sur son front avaient ils pu l'arracher à son existence bien rangée
et le mêler, loin de Berne, à la vie d'un Portugais qui n'était
plus de ce monde ? » C'est ce que se demande, à cinquante-sept ans,
Raimund Grégorius, enseignant de langues mortes, Mundus pour ses élèves,
Papyrus pour ses collègues malveillants. Un matin, sous une pluie battante,
il croise sur le pont de Kirchenfeld la route d'une femme aux cheveux noirs vêtue
d'un manteau de cuir rouge, au visage et mains blancs comme de l'albâtre
et avec un accent du Sud à la douceur féerique et enivrante. Puis
un libraire ibérique sur le Hirschengraben lui fait cadeau d'un ouvrage
posthume d'un médecin poète, aristocrate portugais publié en
1975 à Lisbonne aux éditions des cèdres rouges : « Un
orfèvre des mots ». Ces deux événements en apparence
anodins vont bouleverser la vie casanière et rectiligne du philologue érudit
- dont le seul combat se limite au jeu d'échecs - et le pousser, après
l'acquisition d'une méthode de langue, à brusquement tout quitter,
laissant ses livres de latin sur son pupitre ; à ne plus vouloir être
ce Mundus et à partir à la recherche de l'auteur inconnu dont le
portrait l'a frappé par son regard sombre et mélancolique où il
discerne une douceur mêlée de hardiesse et d'inflexibilité.
Il va alors effectuer une prodigieuse remontée dans le temps, ravivant
les mémoires des principaux acteurs, consultant les archives, tout en
découvrant aussi l'histoire du Portugal. S'appropriant littéralement
le personnage, il met ainsi ses pas dans les siens, rencontrant tour à tour
les humbles qu'il a soignés, ses proches et ses connaissances qui lui
livrent peu à peu les différents aspects de la personnalité complexe
d'Amadeu de Prado. Il y a les deux sœurs aussi différentes que ne
le sont leurs âges : Adriana la puînée qui fit imprimer le
livre, sauvée à deux reprises par son frère, gardienne de
sa mémoire et du temple - le Consultério azul, cabinet médical
inviolé depuis trente ans ; Rita alias Mélodie, la cadette, rebelle
qui vit dans l'ancienne demeure du père, haut magistrat sous la dictature
salazarienne. Le révérend Bartolomeu est un des mentors de l'enfant
surdoué et vif argent, qui comme Joao Eça, un compagnon de lutte,
n'a vu en lui qu'un prêtre sans dieu. Car Amadeu fut résistant autant
pour expier d'avoir sauvé le chef de la police secrète que par
haine de la cruauté. Haine qui poussera l'exécuteur des hautes œuvres à rompre
une amitié d'enfance par passion et pour sauver une femme qui en savait
trop. La quête s'achève avec le chaste amour d'enfance d'Amadeu
puis avec celle qui le trouva trop affamé pour elle. Mais Lisbonne n'est
qu'une étape... Le thème de l’auto-réconciliation
au travers d'un autre, la technique du livre dans le livre, sont bien connus.
Pourtant Train de nuit pour Lisbonne, une magnifique invitation au voyage, intérieur
et géographique, est étonnant à plus d'un titre. Pressenti
pour le prix Femina étranger 2006, il n'a malheureusement pas eu la consécration
qu'il méritait.
Public cultivé