LITTERATURE
Correspondance et mémoires français
SOUVENIRS 1843-1854 / Juliette Drouet ; texte établi, prés, et
annoté par Gérard Pouchain
Paris : Des femmes - Antoinette Fouque, 2006. - 330 p. ; 18 x 11
Notes bibliogr. Chronologie. Bibliogr. p. 329-330. - 848.03 Journaux intimes,
souvenirs et mémoires français. - ISBN 2-7210-0546-4 : 13 €
Née en 1806, Juliette Drouet, pour ses deux cents ans, commence à sortir
de l'ombre où elle a si longtemps été reléguée.
Gérard Pouchain, son biographe et inlassable défenseur devant la
postérité, regroupe dans ce volume de Souvenirs tous ses textes
en prose : c'est la première fois qu'un livre de Juliette Drouet ne contient
pas un choix de lettres, puisées dans les milliers de pages laissées
dans ce genre où personne ne lui conteste désormais sa souveraineté.
Chose plus inattendue, sans doute, il s'agit ici de tous les textes que Victor
Hugo lui demanda d'écrire ponctuellement à telle ou telle occasion.
Elle ne s'exécutait pas toujours volontiers, comme en témoigne
sa déclaration emblématique datée du 15 décembre
1854 : « je frémis chaque fois que tu me racontes quelque chose
dans la crainte que tu ne me demandes le récépissé de ta
conversation. » II n'empêche, le jeu en valait la chandelle, si l'on
en juge par les résultats, classés dans ce volume par ordre chronologique.
Parmi les textes déjà connus, mais qui n'avaient jamais bénéficié d'une édition
savante, se trouvent le « Journal de voyage de 1843 » (récit
de la fin du voyage aux Pyrénées et en Espagne, Victor Hugo n'ayant
pas eu la force de prendre des notes après la mort de sa fille) ; les
fameux « Souvenirs d'une pensionnaire », qui furent l'une des sources
du couvent dans Les Misérables ; le « Journal de 1848 » et
le « Journal du coup d'Etat » où Juliette Drouet raconte ce
qu'elle voit autour d'elle pendant les jours où naquit et mourut la Deuxième
République (le second de ces témoignages apparaîtra dans
Histoire d'un crime} ; et enfin le bref mais spirituel « Journal de Jersey »,
que Juliette tint pendant moins d'un mois, au tournant des années 1852
et 1853. A tous ces documents déjà connus mais mal publiés
jusque-là s'ajoutent quelques textes inédits passionnants comme
cette « Visite aux Chinois qu'on voyait à Bruxelles galerie Saint-Hubert,
le mardi 30 mars 1852 », ou énigmatiques (car on comprend mal leur
rôle), comme ce récit haut en couleur d'un mariage populaire à Saint-Germain-L’auxerrois
le 22 avril 1847. Les amateurs d'inédit découvriront encore quelques
fragments inconnus de moindre importance, tous datés du 14 décembre
1854. Dans ses utiles introductions, Gérard Pouchain resitue chacun de
ces témoignages dans leur contexte, et les annote savamment ; il les éclaire
avec des extraits de lettres contemporaines et les relie, le cas échéant,
aux œuvres de Victor Hugo. Ce beau petit volume, qui s'achève par
une chronologie suivie d'une bibliographie, forme un complément indispensable à l'exposition
que la Maison de Victor Hugo consacre pour la première fois à Juliette
Drouet (décembre 2006-mars 2007) - dont le commissaire scientifique est
aussi Gérard Pouchain, que les mânes de la grande Juliette doivent
remercier.
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