LITTERATURE
Critique littéraire
-197104-
CHAMP ET HORS CHAMP : la photographie et le cinéma dans les manifestes
et les romans d'Oswald de Andrade / Geneviève Vilnet
Paris : Indigo & Côté-femmes éditions, 2006. -269p. ;
21 x15
Notes bibliogr. Bibliogr. p. 257-269.
- 869.899-81 Littérature en portugais. Brésil.
- ISBN 2-35260-000-6 : 21 €
Andrade, Oswald de (1890-1954) : Critique et interprétation • Andrade,
Oswald de (1890-1954) : Et l'art • Photographie : Influence • Cinéma
: Influence
Figure de proue du modernisme brésilien, Oswald de Andrade souffre auprès
du public non averti de son homonymie avec Mario de Andrade, dont le Macounaïma
est peut-être plus connu en France - d'autant que ces deux auteurs sont
nés et morts à São Paulo à des dates voisines (1890-1954
pour le premier ; 1893-1945 pour le second). O. de Andrade a pourtant écrit,
lui aussi, une œuvre importante et polyvalente : essais, théâtre,
romans et poésie. Dans les années 1920, qui virent la publication
de ses deux manifestes les plus célèbres, le Manifesta da Poesia
Pau Brasil (Manifeste de la poésie Bois Brésil) et le Manifesta
Antropôfago (Manifeste anthropophage) où se trouve la célèbre
question « Tupi or not tupi, that is the question », O. de Andrade
fit de fréquents séjours à Paris, ce qui lui permit de tisser
des liens entre l'avant-garde européenne (essentiellement représentée
par Biaise Cendrars en ce qui concerne les liens biographiques) et l'avant-garde
brésilienne. C'est aussi l'époque où il publia le début
de sa grande trilogie romanesque de l'exil Os Condenados (Les Condamnés),
ainsi que les Memôrias Sentimentais de João Miramar (Mémoires
sentimentaux de João Miramar). Serafim Ponte Grande (Séraphin grand
pont) et les deux tomes de Marco Zéro datent respectivement de 1933 et
1943-1945. L'« originalité native » que revendiquait leur
auteur ne l'empêcha pas d'appuyer sa modernité, comme nombre de
ses contemporains, sur les arts nouveaux de son temps, la photographie et le
roman : il fallait entendre l'anthropophagie au sens large. Mais il chercha plus
que d'autres, d'une façon personnelle et jamais systématique, à en
détourner les prérogatives pour les appliquer à l'écriture.
Tel est le champ de recherche de Geneviève Vilnet, qui donne aujourd'hui
l'un des essais les plus importants jamais publiés en France sur cet auteur,
intitulé Champ et hors champ, et sous la protection tutélaire d'une
(sainte) trinité qui apparaît dès les épigraphes et
revient tout au long du livre : Barthes, Bourdieu et Godard - à laquelle
il faut ajouter Genette. En traitant successivement de la photographie et du
cinéma dans les manifestes, du cadrage photographique dans Os Condenados,
de l'approche filmique dans Memôrias Sentimentais de João Miramar
et Serafim Ponte Grande, et enfin du champ et du hors champ dans Marco Zéro,
cet essai parvient non seulement à rendre évident ce grand angle
d'approche, mais aussi à mettre à la portée du lecteur français
la cohérence d'une œuvre importante, dont seule une partie a été traduite à ce
jour. L'annotation est copieuse, la bibliographie complète, l'écriture
aussi savante que plaisante. Tout cela derrière une jolie couverture moderniste,
pour un prix modique et sur un sujet neuf : un nouveau pont entre le Brésil
et la France, deux grands pays dont il est toujours bon de rappeler qu'ils ont
eu dans l'histoire d'autres intérêts communs que celui du football...
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