ARTS
Musique
-197092-
BENJAMIN BRITTEN OU LE MYTHE DE L'ENFANCE / Mildred Clary
Paris : Buchet-Chastel, 2006. - 456 p.-[16] f. de pl. h. t: ill. ; 20x 14
Chronologie des œuvres. Bibliogr. p. 431-438. Index. - 780 Musique. -
ISBN 2-283-02183-9 : 28 €
Britten, Benjamin (1913-1976) : Biographies
Personnalité majeure de la musique du XXe siècle, Benjamin Britten
a déjà fait l'objet de nombreuses monographies, soit d'orientation
biographique, soit d'orientation analytique, soit d'orientation critique. L'ouvrage
que présente aujourd'hui Mildred Clary, Benjamin Britten ou le Mythe de
l'enfance, vient à point nommé proposer enfin une biographie fondée
sur des documents irréfutables et une évaluation de son œuvre
de compositeur, de pianiste et d'organisateur du festival d'Aldeburgh. L'importance
et l'intérêt de ce travail résident essentiellement dans
les informations considérables que l'auteur -ancienne productrice d'émissions
de France Musique très appréciées - a pu rassembler en 1986,
dix ans après la mort de B. Britten et dans l'intime connaissance des
sentiments et des valeurs des proches du compositeur dont elle témoigne
; on ajoutera à ces qualités une grande finesse de jugement dans
le croisement des perspectives et une écriture très limpide. Organisé en
deux parties, le volume met en miroir d'une part, l'innocence et l'expérience,
les années de jeunesse, la formation, les rencontres, la tentation homosexuelle
maintenue en bride par l'éducation, puis l'aveu à soi-même
- par le commerce des autres, musiciens, écrivains, Ireland, Tippett,
Auden, Isherwood... - de cette particularité ; et d'autre part, le chemin
de la maturité avec l'accomplissement de l'œuvre du musicien, l'amour
vécu dans le couple formé avec Peter Pears, la rencontre avec l'Orient,
la reconnaissance du monde soviétique à une époque où les
contacts étaient encore difficiles au-dessus des barbelés issus
de la guerre froide ; les accidents de santé de plus en plus fréquents,
mais aussi l'amitié de Mstislav Rostropovitch et Galina Vishnevskaïa,
le soutien de Dietrich Fischer Dieskau, et enfin la séduction de Venise
où le scénario de la mort trouve à se jouer en préfiguration
du décès survenu dans la maison du maître, à Aldeburgh,
le 4 décembre 1976. Unissant les deux faces de ce miroir, l'engramme de
l'esprit d'enfance, dont B. Britten n'aurait jamais voulu se départir
et pour lequel il a tant fait -marque ce parcours de vie et de création,
justifiant ainsi le sous-titre de l'ouvrage. Certes, le lecteur pourrait s'interroger
sur la pertinence, à cet égard, de la notion de mythe, car bien
plus que d'une représentation associant onirisme et réalité,
l'enfance et l'enfant ont constamment été des vecteurs de la sensibilité et
des stimulants du geste créatif, mais, face à la richesse d'éclairage
d'un tel volume, on se gardera bien d'être le vétilleux aristarque
qui censure ou corrige sans pitié. Une chronologie des œuvres et
une bibliographie commentée, sommaire, mais très utile, ainsi qu'un
index des noms et un index des œuvres de Britten citées dans le cours
de l'ouvrage, viennent compléter ce très beau livre. Lecture chaudement
recommandée, avec, à proximité, quelques-uns de plus beaux
enregistrements de cet œuvre.
GAULLE Xavier de, Benjamin Britten ou L'Impossible quiétude, Actes
Sud, 1996
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