SCIENCES SOCIALES
Ethnologie. Anthropologie
-196896-
LE LIVRE DE MA GRAND-MERE / Fethiye Çetin ; trad. du turc par Alexis
Krikorian et Laurence Djolakian
La Tour-d'Aigues : L'Aube, 2006. - 142 p. : ill. ; 19cm
306 Anthropologie. -. - ISBN 2-7526-0231 -6 : 14,60€
Grands-parents et enfants : Récits personnels
Ce livre fort et courageux n'est pas sans rappeler le beau film de Yesim Ustaoglu,
Bulutlari beklerken (En attendant les nuages), avec lequel il présente
bien des similitudes, bien que cette histoire ne soit pas du tout romancée.
Tout commence en Turquie par l'enterrement hivernal d'une vielle femme, dont,
selon le rite musulman, on a préalablement lavé le corps en prononçant
les prières rituelles et invité les proches pour la cérémonie
des adieux. Là c'est la sœur de la défunte qui, d'origine
grecque, fut « adoptée » lors des déplacements de population
de cette communauté liés à la première guerre mondiale,
alors qu'ici c'est la morte elle-même qui, Arménienne ayant échappé aux
massacres, fut enlevée à l'âge de neuf ans par Hussein, sous-officier
de gendarmerie, dont la femme Esma était inféconde, pour en faire
leur fille. Muhtedi c'est-à-dire convertie, Heranus Gadarian devient Seher,
se marie ensuite avec Fikri et lui donne une nombreuse descendance. Cette « femme
travailleuse hyperactive et très à cheval de la propreté »,
deviendra une arrière grand-mère modèle, aimée et
respectée de tous, parents, amis et voisins. Elle se prend d'une affection
particulière et complice pour Fethiye - peut être à cause
de sa vivacité d'esprit et de son opposition au système - à laquelle
elle révèle peu à peu son terrible secret. Entièrement
dédié à sa Mamie, Le Livre de ma grand-mère, est
le premier récit de Fethiye Çetin, avocate, née en 1950 à Maden.
Arrêtée après le coup d'état militaire du 12 septembre
1980, elle passe trois ans en prison, avant de devenir membre du comité exécutif
pour les droits de l'homme et porte-parole du groupe d'étude des droits
des minorités auprès du barreau d'Istanbul. Son récit, centré sur
la cérémonie de l'enterrement, est constitué de nombreux
retours en arrière, d'abord sur son enfance heureuse avec ses grands-parents,
sa mère, veuve non remariée, et ses deux tantes ; puis sur la relation
proprement dite des événements vécus par Heranus en 1915
et dans les années qui suivent. Celle-ci est séparée de
son frère Horen - qu'elle retrouvera cependant peu de temps après
dans un village proche, et de sa mère Isquhi. Mais l'histoire ne s'arrête
pas là. Isquhi parvient à Alep où la retrouve son mari qui
avait émigré aux États-Unis avec ses frères en 1913.
Les deux parents auront à nouveaux deux enfants et parviendront même à retrouver
et récupérer Horen, mais pas sa sœur qui se refusera à abandonner
mari et enfants. Et c'est finalement Fethiye qui fera le voyage pour trouver
ses cousins d'Amérique et sa famille désormais réunie, au-delà du
malheur et des souffrances passées. Sorti en Turquie en 2004, où il
en est déjà à sa sixième édition, véritable
hymne à la mémoire individuelle et collective, ce livre témoigne
de l'évolution des mentalités et de la prise de conscience du passé ottoman
par la société civile turque contemporaine. L'auteur en prépare
un autre justement sur les enfants du silence qui devrait naturellement s'intituler
Le Livre des petits enfants.
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